La biodiversité en chênaie*

6.10.2010, di Willy Matthey, biologo, professore emerito presso l'Università di Neuchâtel, membro della Società di Scienze Naturali di Neuchâtel e membro onorario della Società Entomologica Svizzera

* Leggete i nostri autori nella loro lingua madre.

-  Avez-vous apporté vos jumelles…  optiques, bien entendu!?

Telle a été  la question, surprenante au premier abord, posée par le  Pr Varley,  un entomologiste  connu,  lors de notre premier  contact  au début  d'un stage que j'effectuais dans son laboratoire oxfordien.

Réponse affirmative.

-  Bien, dit-il.  Comme entrée en matière, vous  les utiliserez  pour observer les chênes  dans la forêt de Wytham. Revenez me voir lorsque vous aurez  quelque chose à me raconter. Good luck.

Et durant des heures et des heures, jumelles  braquées sur  un chêne centenaire, j'ai  suivi la consigne. Dans un cas semblable, d'abord on ne voit rien, car on ne sait que regarder. Mais peu à peu apparaissent les traces d'une activité biologique intense au sein de la canopée et sur l'écorce. Les feuilles sont dévorées de plusieurs façons par différentes espèces  de chenilles, les  unes  attaquent le bord, d'autres  les replient en fourreaux protecteurs pour y chercher une illusoire protection contre la tarière des ichneumons parasitoïdes. Certaines d'entre elles descendent au sol pour s'y chrysalider, suspendues  à un fil de soie, sans savoir que des coléoptères  carnassiers  les attendent  dans la litière. Une multitude de mouches volètent  dans la canopée. Des larves  de petites guêpes induisent la formation de galles. Des fourmis montent du sol pour se gorger de miellat  dans les colonies de pucerons. Bref, à lui seul, ce chêne est  une véritable arche de Noé dont la cargaison est appelée une biocénose par les biologistes.

De retour chez mon mentor, je lui parle de cette profusion d'espèces.

- Combien  pensez-vous  en avoir aperçu?
- Quelques dizaines.
- Sachez que nous en avons recensé plus de 1200 sur la vingtaine de chênes que nous étudions depuis une quinzaine d'années.

Puis de m'expliquer  que dénombrer  et déterminer  des espèces,  ce n'est toucher  qu'à un aspect  de la diversité  biologique  (à l'époque, le terme de  biodiversité  n'avait pas encore été créé), mais que le but final est de comprendre l'organisation et le fonctionnement systémique  d'un ensemble d'espèces  vivant dans un certain  espace,  au sein d'une chênaie  par exemple.  

Animaux, végétaux et bactéries  ont  entre  eux  des rapports  souvent  complexes, tels  la nutrition, la compétition, le parasitisme. Par exemple, la phalène hiémale, un petit papillon susceptible de proliférer et de causer des dégâts, a été étudiée "sous toutes les coutures"  par l'équipe du Pr. Varley.

Sa chenille se nourrit du feuillage du chêne. L'arbre se défend en accumulant du tanin dans ses feuilles, ce qui les rend indigestes et ralentit la croissance des chenilles, les exposant ainsi plus longtemps  à l'attaque de leurs antagonistes.  

À l'endroit des morsures, la sève s'écoule et attire une mouche parasite, laquelle pond des œufs minuscules  à l'endroit  où la chenille mange. Celle-ci les avale avec sa nourriture, ils éclosent dans son intestin et les  petits asticots  tuent leur hôte en le dévorant de l'intérieur. Les bactéries  se chargent de décomposer  les restes du cadavre.  Mais peut-être qu'une mésange  mettra  tout le monde d'accord en gobant le tout.  Connaître ces relations permet de définir la place de chaque espèce  dans cet enchevêtrement de mangeurs et de mangés qu'on appelle un réseau alimentaire. A la diversité des espèces correspond celle des régimes alimentaires et des fonctions.    

C'est à partir de telles observations qu'un autre  oxfordien, Charles Elton, pionnier  de l'écologie, a proposé quelques  clés pour comprendre le fonctionnement des communautés  animales, c'est-à-dire l'organisation de la biodiversité. La principale d'entre elles  énonce que chaque espèce y occupe une niche particulière définies par son régime alimentaire, ses préférences microclimatiques, ses aptitudes compétitives, bref, par un ensemble de qualités qui déterminent sa place et sa fonction  dans la biocénose.  Chacune des 1200 espèces  de la chênaie occupe ainsi une niche qui lui est propre et  qu'elle s’efforce de conserver face à ses compétiteurs.  

Voilà ce qu'il faut avoir à l'esprit lorsqu'on parle de préserver la biodiversité. On ne peut la concevoir simplement comme une foule d'espèces grouillant au hasard dans les espaces continentaux et océaniques, indépendamment les unes des autres. Il faut considérer chaque espèce d’être vivant comme  une pièce – souvent irremplaçable - de l'immense puzzle de la vie.

Peut-être, amis lecteurs, penserez-vous à ce billet lors de vos prochaines promenades en forêt. Mais surtout, n'oubliez pas vos jumelles … optiques, bien entendu!

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